Quand un trottoir met K.-O. Chantal Petitclerc : un rappel brutal de ce que vivent chaque jour des milliers de personnes handicapées — ici aussi, au Centre-du-Québec
L’histoire de la sénatrice et championne paralympique Chantal Petitclerc, projetée au sol après que la roue de son fauteuil s’est coincée dans une cavité d’un trottoir montréalais, devrait toutes et tous nous ébranler. Elle choque par la violence de l’impact, mais surtout parce qu’elle illustre une réalité quotidienne bien connue de milliers de personnes handicapées : se déplacer dans nos villes demeure encore un parcours semé d’embûches. Cette situation ne concerne pas seulement Montréal. Au Centre-du-Québec, de nombreuses personnes vivent chaque jour avec des obstacles similaires, souvent invisibles pour celles et ceux qui n’y sont jamais confrontés.
L’accessibilité, ce n’est pas une option — c’est un droit fondamental
Depuis plus de 40 ans, le ROPHCQ rappelle que la mobilité est une condition incontournable pour participer pleinement à la vie sociale, citoyenne et économique. Lorsque les trottoirs sont dégradés, que les rampes sont mal conçues, que les chantiers bloquent les accès ou que les surfaces deviennent impraticables, il ne s’agit pas d’irritants mineurs. Il est question d’une atteinte directe à l’égalité de participation et d’une rupture de droits. Pour de nombreuses personnes handicapées, ces obstacles dictent le rythme de la journée, limitent les possibilités de sorties, ou génèrent une anxiété constante liée à la crainte de tomber, de se blesser ou de ne pas pouvoir contourner un obstacle imprévu.
Ce qui arrive à Chantal Petitclerc pourrait arriver à n’importe qui — et arrive déjà à beaucoup trop de gens
Le fait qu’une athlète expérimentée comme Chantal Petitclerc, parfaitement habituée à naviguer dans l’espace urbain, ait été projetée au sol en quelques secondes démontre l’ampleur du problème. Son témoignage nous oblige à nous demander ce que vivent celles et ceux dont la mobilité est encore plus précaire. De nombreux accidents restent invisibles parce qu’ils ne font pas la manchette. Beaucoup renoncent à sortir simplement par peur de se blesser. Cette chute spectaculaire n’est que la pointe d’un iceberg que le ROPHCQ documente depuis longtemps : sans un entretien rigoureux et une conception réfléchie de nos infrastructures, la mobilité des personnes handicapées demeure fragile, risquée et profondément inéquitable.
Le Centre-du-Québec : nos municipalités doivent agir maintenant
Les municipalités et MRC du Centre-du-Québec ont entamé des efforts réels en matière d’accessibilité, et nous reconnaissons la valeur de ces démarches. Toutefois, les besoins demeurent largement supérieurs aux interventions actuelles. L’entretien des trottoirs et des parcours piétonniers doit devenir une priorité , et non un simple élément parmi d’autres de la gestion municipale. Réparer une cavité dans un trottoir ou ajuster un dénivelé trop abrupt, ce n’est pas embellir une ville, c’est garantir la sécurité de ses citoyennes et citoyens. L’accessibilité doit aussi être intégrée dès la conception des aménagements, car une infrastructure mal pensée exclut avant même d’être utilisée. Enfin, il est essentiel que les organismes de personnes handicapées soient consultés dès le départ, afin d’éviter les erreurs qui pourraient facilement être corrigées si les personnes possédant les bonnes expertises étaient présentes autour de la table.
Nos organismes comme vigies, nos personnes handicapées comme expertes de leur propre mobilité
Dans toutes les MRC du Centre-du-Québec, nos membres observent quotidiennement les effets concrets d’infrastructures inadéquates. Les trottoirs impraticables en hiver, les accès municipaux non nivelés, les surfaces de parcs impossibles à traverser en fauteuil roulant ou les travaux mal balisés ne sont pas des situations exceptionnelles. Elles s’accumulent et limitent la participation sociale, restreignent l’autonomie et minent la dignité de celles et ceux qui en dépendent. Les personnes handicapées sont les premières expertes de leur propre mobilité, et leurs observations doivent être prises au sérieux si nous voulons bâtir des milieux de vie réellement inclusifs.
Ce que cette histoire doit changer : ici, maintenant
La chute de Chantal Petitclerc peut servir de déclencheur. Elle ne doit pas rester un simple fait divers. Elle rappelle que tant qu’un trottoir peut éjecter une personne handicapée, c’est une exclusion pour plusieurs. Les municipalités du Centre-du-Québec doivent accélérer l’analyse de leurs infrastructures, prioriser les correctifs dans les parcours essentiels et mettre en place des mécanismes efficaces pour signaler et corriger rapidement les obstacles. Il est également nécessaire de renforcer la présence de l’accessibilité universelle dans tous les projets publics, afin que chaque investissement municipal contribue à réduire — et non à reproduire — les inégalités.
La mobilité est un droit fondamental. Se déplacer ne devrait jamais être un risque. Et chaque réparation, chaque amélioration, chaque consultation citoyenne représente une avancée concrète vers une société plus juste.
