Pendant que le privé se gave, le communautaire crève : un choix de société qui a des conséquences réelles
La chronique publiée par Laure Waridel dans le Journal de Montréal met des mots sur une réalité que les organismes communautaires dénoncent depuis des années : pendant que des milliards de fonds publics sont dirigés vers de grandes entreprises privées, le filet social qui soutient les personnes les plus vulnérables continue de s’effriter.
Pour nous, au Regroupement d’organismes de personnes handicapées du Centre-du-Québec (ROPHCQ), cette question n’est pas théorique. Elle se vit au quotidien dans la vie des personnes handicapées et dans le travail des organismes qui les soutiennent.
Depuis plus de 40 ans, notre regroupement et ses membres agissent auprès des personnes ayant des limitations fonctionnelles — déficience motrice, sensorielle, intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme ou trouble langagier. Chaque jour, nous voyons concrètement ce qui arrive lorsque l’État se désengage et que le milieu communautaire est laissé à lui-même pour combler les manques.
Et ce constat est de plus en plus préoccupant.
Le communautaire : un pilier du filet social
Dans toutes les régions du Québec, les organismes communautaires sont devenus la première ligne sociale.
Ce sont eux qui accompagnent les personnes handicapées dans leurs démarches administratives, qui soutiennent les familles, qui brisent l’isolement, qui défendent les droits et qui créent des espaces d’inclusion dans nos communautés.
Ils agissent là où les programmes publics sont insuffisants, trop rigides ou tout simplement absents.
Dans le domaine du handicap, cette réalité est particulièrement frappante. Les organismes soutiennent les personnes dans l’accès au logement, au transport, à l’emploi, à l’éducation ou aux services de santé. Ils accompagnent aussi les proches aidants qui portent souvent une charge immense.
Mais cette mission essentielle repose trop souvent sur des bases fragiles : financement insuffisant, subventions ponctuelles, surcharge de travail et précarité des équipes.
Autrement dit, on demande au communautaire de réparer les fissures d’un système social sous-financé, sans lui donner les moyens de le faire.
Une question de droits, pas de charité
Lorsque les organismes communautaires sont fragilisés, ce ne sont pas seulement des organisations qui souffrent.
Ce sont des droits fondamentaux qui deviennent plus difficiles à exercer.
Pour les personnes handicapées, cela signifie :
- moins d’accompagnement pour faire respecter leurs droits
- moins de soutien pour les familles
- moins d’activités et de lieux d’inclusion
- plus d’isolement et de précarité
Dans une société qui se veut inclusive, ces reculs ne sont pas acceptables.
Les organismes communautaires ne sont pas des suppléments facultatifs au réseau public. Ils sont des acteurs essentiels de la justice sociale, de l’éducation populaire et de la défense collective des droits.
C’est précisément la mission que porte le ROPHCQ depuis sa fondation en 1982 : informer, mobiliser, représenter et défendre les droits des personnes handicapées dans toutes les sphères de la société.
« Le communautaire à boutte » : un signal d’alarme
La mobilisation « Le communautaire à boutte ! », qui mènera à une grève du milieu communautaire du 23 mars au 2 avril, n’est pas un geste symbolique. C’est un signal d’alarme.
Les organismes réclament :
- un financement à la hauteur des besoins
- la reconnaissance de leur rôle essentiel
- le respect de leur autonomie
Ces revendications sont légitimes. Elles concernent non seulement les organismes, mais aussi toutes les personnes qui dépendent de leurs services et de leurs actions.
Dans le domaine du handicap, cela signifie tout simplement la possibilité de continuer à défendre les droits et à soutenir des milliers de personnes dans nos communautés.
Un choix politique
Comme le souligne Laure Waridel dans sa chronique, il s’agit avant tout d’un choix de société.
Il ne manque pas d’argent.
La question est : où choisissons-nous de l’investir ?
Investir dans les organismes communautaires, c’est investir dans :
- l’inclusion sociale
- la participation citoyenne
- la justice sociale
- la dignité des personnes
C’est reconnaître que les personnes handicapées, comme toutes les autres, ont droit à une société qui leur donne réellement les moyens de participer pleinement à la vie collective.
Au ROPHCQ, nous continuerons de porter cette voix, avec nos membres et nos partenaires, pour rappeler une chose simple :
une société inclusive ne se construit pas en affamant ceux et celles qui la rendent possible.
📖 Lire la chronique originale de Laure Waridel :
https://www.journaldemontreal.com/2026/03/08/pendant-que-le-prive-se-gave-le-communautaire-creve
