Grève du communautaire : un signal d’alarme pour préserver nos services, pas les abandonner

Dans la couverture récente de La Presse de la grève du mouvement Le communautaire à boutte, Suzanne Colpron montre comment les effets de l’absence des services communautaires se font déjà sentir dans la vie de nombreuses personnes, notamment celles en situation de handicap qui dépendent quotidiennement des services communautaires pour se nourrir, se déplacer ou maintenir un minimum de participation sociale . Cette réalité est difficile, elle est concrète, elle est humaine. Mais elle ne doit pas être mal interprétée.

Pour nous, c’est clair que cette réalité révèle l’ampleur de la fragilité des réseaux. Elle démontre également à quel point ces services sont essentiels, irremplaçables et aujourd’hui fragilisés par un sous-financement chronique.

Une grève pour éviter l’effondrement, pas pour l’accélérer

Oui, des services sont suspendus. Oui, des personnes vivent des impacts immédiats. Mais cette grève est un geste de responsabilité collective. Elle est posée précisément pour éviter que ces interruptions deviennent permanentes.

Quand les acteurs du milieu affirment que le filet social est en train de craquer , ils ne dramatisent pas. Ils décrivent une réalité que nous observons depuis des années dans le Centre-du-Québec et ailleurs. Les équipes s’épuisent, les postes restent vacants, les conditions de travail ne permettent plus d’attirer ni de retenir le personnel, et les organismes doivent constamment faire des choix impossibles.

Refuser de se mobiliser aujourd’hui, ce serait accepter que ces services disparaissent graduellement, dans le silence et l’indifférence. Accepter la disparition des services, c’est accepter la disparition de notre filet social. C’est aussi accepter le chaos social.

Une responsabilité qui ne repose pas sur les organismes

Il est essentiel de rappeler un principe fondamental qui doit guider toute analyse de la situation. La responsabilité populationnelle des services sociaux appartient au réseau public, aux CISSS et aux CIUSSS. Les organismes communautaires ne sont pas là pour remplacer l’État, mais pour compléter, innover et rejoindre des personnes que les structures publiques peinent souvent à atteindre.

Ce que la grève met en lumière est sans équivoque. Dès que les organismes cessent leurs activités, même temporairement, les besoins se déplacent immédiatement vers le réseau public. Et ce déplacement crée une pression que le système n’est pas en mesure d’absorber.

Cela confirme une réalité que nous dénonçons depuis longtemps. Le système public dépend du communautaire pour remplir sa propre mission. Et cette dépendance est connue.

Les CISSS et les CIUSSS ont été informés bien avant le déclenchement de la grève. Les impacts étaient prévisibles. Si des personnes se retrouvent aujourd’hui sans services, ce n’est pas parce que les organismes ont failli à leur rôle. C’est parce que les services publics ne remplissent pas pleinement leur mission et qu’ils n’ont pas été en mesure d’assurer la continuité des services essentiels.

Une reconnaissance locale… absente au sommet

Sur le terrain, cette interdépendance est bien comprise. Les équipes locales du réseau public et du communautaire collaborent, s’ajustent, innovent et tentent de maintenir des services malgré des ressources insuffisantes. Il existe une reconnaissance réelle de la valeur du travail communautaire dans les milieux de pratique.

Mais cette reconnaissance semble disparaître lorsqu’on arrive aux niveaux décisionnels. Le sous-financement du communautaire n’est pas une erreur de parcours. C’est un choix politique qui traduit une incompréhension persistante du rôle fondamental que jouent les organismes dans notre filet social.

On ne peut pas, d’un côté, reconnaître que le communautaire est essentiel et, de l’autre, refuser de lui donner les moyens d’agir de manière durable et structurante.

Défendre les droits, c’est défendre les conditions de leur exercice

Pour les personnes handicapées que nous représentons, les impacts sont particulièrement graves. Lorsque des services d’accompagnement disparaissent, lorsque des soutiens à domicile sont interrompus ou lorsque des milieux de vie ferment, ce ne sont pas simplement des services qui sont suspendus.

Ce sont des droits qui sont compromis. Le droit à la santé, le droit à la participation sociale, le droit à la dignité.

Notre mission de défense collective des droits nous oblige à le dire avec force. On ne peut pas parler d’inclusion si les conditions concrètes pour y parvenir ne sont pas au rendez-vous. On ne peut pas garantir l’égalité si les services qui permettent de la rendre réelle sont précaires.

Un appel à la responsabilité politique

La grève actuelle est un signal clair. Elle n’est pas un manque de responsabilité communautaire, elle est un appel à la responsabilité politique.

Elle exige que le gouvernement reconnaisse enfin que le modèle actuel est à bout de souffle et qu’il est urgent d’assurer un financement à la hauteur des besoins, stable et prévisible, qui permette aux organismes de remplir pleinement leur mission.

Parce que si rien ne change, ce ne sont pas seulement des interruptions temporaires que nous verrons. Ce seront des fermetures permanentes, une perte d’expertise et un recul majeur pour les droits des personnes les plus vulnérables.

Et cela, collectivement, nous ne pouvons pas l’accepter.


🔗 Article original : Grève dans le communautaire | Un effet instantané dans plusieurs milieux