Milieu communautaire : ce n’est pas un déficit de charité, c’est un déficit de volonté politique
Le texte publié dans La Presse vient mettre des mots clairs sur une dérive préoccupante : celle de vouloir transformer le financement du milieu communautaire en une question de philanthropie, plutôt que de responsabilité collective. Et il faut le dire : cette vision est non seulement erronée, elle est dangereuse pour les droits des personnes vulnérables et pour l’ensemble du filet social québécois.
Le communautaire n’est pas un “complément”, il est un pilier
Depuis sa fondation en 1982, le ROPHCQ s’inscrit dans cette tradition québécoise profondément ancrée de solidarité sociale. Nos organismes membres ne sont pas des prestataires de services optionnels qu’on finance selon les humeurs des donateurs. Ils sont des acteurs essentiels, enracinés dans les communautés, qui défendent des droits, accompagnent des personnes et contribuent activement à l’équité sociale. Réduire ce rôle à une logique de charité, c’est nier des décennies de luttes collectives qui ont permis de bâtir un Québec plus juste. C’est aussi ignorer que les personnes vulnérables ne sont pas des “bénéficiaires” de générosité, mais des citoyennes et citoyens à part entière, titulaires de droits.
La philanthropie ne peut pas remplacer les obligations de l’État
Soyons clairs : nous reconnaissons l’apport des fondations. Mais elles ne peuvent en aucun cas se substituer aux responsabilités gouvernementales. Un modèle basé sur la philanthropie impose des choix arbitraires, où ce qui est financé dépend de ce qui est jugé attrayant, visible ou rentable socialement. Or, les droits des personnes vulnérables ne peuvent pas être soumis à ces logiques. Les besoins sont complexes, souvent invisibilisés, et exigent des réponses structurantes, durables et prévisibles. Quand l’État se désengage, ce ne sont pas seulement des budgets qui diminuent, ce sont des services essentiels, des expertises et des espaces de participation sociale qui disparaissent.
Le sous-financement chronique fragilise les droits
Comme le souligne la lettre d’opinion, les hausses globales de financement cachent une réalité bien différente : le financement à la mission, celui qui permet aux organismes d’exister, de planifier, de retenir leur personnel et d’agir avec autonomie, demeure insuffisant. Pour les organismes de personnes handicapées, cette situation se traduit concrètement par une difficulté accrue à répondre à l’augmentation des besoins, une instabilité des services, un épuisement des équipes et une perte d’expertise. Ce n’est pas une simple question de gestion, c’est une question de respect des droits fondamentaux.
Défendre le communautaire, c’est défendre notre capacité collective d’inclusion
Affaiblir le communautaire, c’est fragiliser l’inclusion des personnes handicapées dans toutes les sphères de la société, que ce soit en matière de logement, d’éducation, d’emploi, de transport ou de participation sociale. C’est aussi compromettre la capacité de notre société à agir de façon concertée, humaine et équitable. Au ROPHCQ, nous refusons cette dérive. Nous affirmons que le financement des organismes communautaires doit être stable, suffisant et indexé, que l’État doit assumer pleinement sa responsabilité populationnelle et que les droits des personnes handicapées ne peuvent en aucun cas dépendre de la charité. Parce qu’au fond, la question n’est pas de savoir si le Québec manque de générosité, mais bien de déterminer quel type de société nous voulons construire collectivement.
🔗 Lire la lettre d’opinion complète : Milieu communautaire | En déficit de charité ou plutôt de reconnaissance ?
