Difficultés à l’école : quand les enfants autistes paient le prix d’un système qui manque de ressources

L’histoire de Valérie Morneau et de son fils Mayson, rapportée par Le Journal de Montréal, est bouleversante. Elle l’est parce qu’elle met un visage, un prénom et une réalité familiale sur une situation que trop de parents d’enfants handicapés connaissent déjà : devoir se battre, semaine après semaine, pour que leur enfant puisse simplement aller à l’école, y être accueilli, y être compris et y recevoir les services auxquels il a droit.

Mayson a 10 ans. Il est autiste. Selon le témoignage de sa mère, il a vécu des semaines à la maison au printemps dernier, sans accès à l’école. Il a été renvoyé à plusieurs reprises, puis expulsé d’un milieu scolaire, en raison de crises jugées violentes. Sa mère raconte vivre avec son téléphone constamment à portée de main, parce qu’elle peut être appelée à tout moment pour aller le chercher. Elle craint même que ses absences répétées finissent par mettre son emploi en péril.

Ce récit n’est pas une exception isolée. Il est le symptôme d’un problème systémique.

Derrière les “troubles de comportement”, il y a d’abord des besoins non répondus

Au ROPHCQ, nous tenons à le rappeler : lorsqu’un enfant autiste se désorganise à l’école, il faut cesser de regarder uniquement le comportement visible. Il faut se demander ce qui l’a précédé. Qu’est-ce qui n’a pas été compris? Quel besoin n’a pas été reconnu? Quel accommodement n’a pas été mis en place? Quelle surcharge sensorielle, cognitive, sociale ou émotionnelle a été ignorée jusqu’au point de rupture?

Dans le cas de Mayson, sa mère explique que les crises surviennent notamment parce qu’on lui demande d’accomplir des tâches qu’il ne comprend pas. Elle souligne aussi qu’il n’est presque jamais en classe, qu’il accumule du retard et qu’il est pourtant passé d’une année scolaire à l’autre sans avoir acquis les connaissances requises.

Ce n’est pas à un enfant de 10 ans de porter le poids de l’échec d’un système qui n’a pas su adapter ses pratiques à ses besoins. Ce n’est pas à sa mère de compenser, en s’épuisant, les ruptures de services, les délais, les renvois à la maison et les réponses insuffisantes du réseau scolaire.

Le bris de service scolaire est une atteinte au droit à l’éducation

Quand un élève est renvoyé à la maison de façon répétée, scolarisé à temps partiel, exclu temporairement sans solution réelle ou maintenu hors de la classe sans accès effectif aux apprentissages, il ne s’agit pas d’un simple problème administratif. Il s’agit d’un bris de service.

Et un bris de service, pour un enfant handicapé, ce n’est jamais banal. C’est du temps d’école perdu. C’est du retard qui s’accumule. C’est une socialisation interrompue. C’est une estime de soi fragilisée. C’est une famille entière qui bascule dans l’incertitude.

L’éducation n’est pas un privilège accordé lorsque les ressources sont disponibles. C’est un droit. Et ce droit doit être réel pour tous les élèves, y compris les élèves autistes, les élèves ayant une déficience intellectuelle, une déficience motrice, une déficience sensorielle, un trouble langagier ou d’autres limitations fonctionnelles.

Un système scolaire inclusif ne se mesure pas à sa capacité d’accueillir les élèves quand tout va bien. Il se mesure à sa capacité de maintenir le lien, d’adapter ses pratiques et de mobiliser les ressources lorsque les besoins sont plus complexes.

Les familles ne devraient pas avoir à se battre seules

Le témoignage de Valérie Morneau expose aussi une autre injustice : celle vécue par les parents qui deviennent, malgré eux, gestionnaires de crise, intervenants, coordonnateurs de services, défenseurs de droits et filet de sécurité ultime.

Les parents ne devraient pas avoir à supplier pour que son enfant obtienne du temps avec une technicienne en éducation spécialisée. Ils ne devraient pas attendre des années pour que les besoins de leur enfant soient reconnus. Ils ne devraient pas craindre de perdre leur emploi parce que l’école n’est pas en mesure d’assurer une présence stable et adaptée à leur enfant.

Quand l’école appelle constamment le parent pour venir chercher l’enfant, on transfère la responsabilité du manque de services vers la famille et on fragilise le lien de l’enfant avec l’école. Cette logique est inacceptable. Elle précarise les parents, particulièrement les mères, les familles monoparentales et les familles qui disposent de moins de marges financières ou professionnelles.

Ce n’est pas aux familles de porter les conséquences des compressions, du manque de personnel, des délais d’évaluation ou de l’insuffisance des services spécialisés.

Il faut investir dans les bonnes ressources, au bon moment

L’histoire de Mayson illustre aussi l’importance d’agir avant que la situation se détériore. Trop souvent, les services arrivent tard, après des années de difficultés, après l’épuisement de l’enfant, de la famille et du personnel scolaire. On attend la crise avant de répondre au besoin.

Cette approche est coûteuse humainement, socialement et financièrement.

Il faut des ressources stables dans les écoles. Il faut davantage de techniciennes et techniciens en éducation spécialisée, de professionnelles et professionnels formés en autisme, en communication, en adaptation scolaire, en intervention positive, en prévention des crises et en soutien aux équipes-écoles. Il faut des plans d’intervention réellement appliqués, suivis et ajustés. Il faut aussi une collaboration structurée entre le réseau scolaire, le réseau de la santé et des services sociaux, les organismes communautaires et les familles.

Les enfants handicapés ne devraient jamais être déplacés d’un milieu à l’autre comme si le problème était l’enfant lui-même. Le problème, trop souvent, c’est l’absence d’un environnement suffisamment adapté.

Notre responsabilité collective : défendre le droit d’apprendre

Au ROPHCQ , notre mission est la défense collective des droits et la promotion des intérêts des personnes handicapées. À ce titre, nous ne pouvons pas rester silencieux devant la multiplication des situations de bris de services scolaires.

Nous le disons clairement : les élèves handicapés ont droit à une éducation adaptée, accessible, continue et respectueuse de leurs besoins. Ils ont droit à des milieux scolaires qui cherchent à comprendre avant d’exclure. Ils ont droit à des interventions qui soutiennent plutôt qu’à des mesures qui déplacent le problème. Ils ont droit à des adultes outillés, disponibles et soutenus.

Le gouvernement du Québec doit cesser de traiter ces situations comme des cas individuels isolés. Il doit reconnaître l’ampleur du problème et investir les ressources nécessaires pour que chaque enfant puisse réellement exercer son droit à l’éducation.

Les centres de services scolaires doivent, eux aussi, documenter les bris de services, agir en prévention, soutenir leurs équipes et travailler avec les familles dans une logique de collaboration, de transparence et de respect des droits.

Parce qu’un enfant qui dit “ils ne me comprennent pas à l’école” ne lance pas une provocation. Il lance un appel à l’aide.

Et collectivement, nous avons l’obligation d’y répondre.

Article original : Difficultés à l’école: cette mère se bat pour son fils autiste | JDM