Camps de jour 13+ à Drummondville : remettre les faits à l’endroit
Dans les dernières semaines, le Vingt55 et l’Express publiaient des articles concernant l’investissement de 120 000 $ de la ville de Drummodnville pour soutenir les adolescents ayant des besoins particuliers. On peut évidemment se réjouir que la Ville de Drummondville rappelle récemment la décision de l’an dernier d’offrir une contribution financière de 40 000 $ par année pour les trois prochaines années afin de soutenir les services de loisirs estivaux destinés aux adolescents handicapés de 13 ans et plus.
Comme les articles des deux journaux contiennent quelques erreurs factuelles, pour le Regroupement d’organismes de personnes handicapées du Centre-du-Québec (ROPHCQ), il est essentiel de rétablir les faits quant à l’origine, à la coordination et à la situation financière réelle de ce projet.
Parce que derrière cette annonce se trouve une histoire beaucoup plus complexe : celle d’un service de loisir qui a d’abord été compromis par le recadrage du financement municipal, de familles qui se sont mobilisées pour éviter la disparition d’un service essentiel et d’organismes communautaires de Drummondville qui ont travaillé avec leurs partenaires pour construire une solution.
Un projet pilote mis sur pied par la Ville?
Les articles du Vingt55 et de l’Express stipulent que la Ville de Drummondville aurait « mis sur pied un projet pilote » pour les adolescents ayant des besoins particuliers de 13 ans et plus.
Loin de refléter la réalité du terrain, nous croyons que cette présentation induit en erreur les citoyens de Drummondville.
En mars 2024, le Centre communautaire Drummondville-Sud (CCDS) apprenait que la Ville ne financerait plus son offre de camp de jour destinée aux jeunes de 13 ans et plus. Plus de 25 adolescents risquaient alors de se retrouver sans service pendant l’été. La mobilisation des familles et du milieu avait finalement permis de trouver une solution temporaire.
La situation s’est répétée l’année suivante : les familles ont donc fondé un collectif et réclamé qu’une solution durable soit mise en place pour éviter que l’accès à ce service essentiel dépende, année après année, de démarches d’urgence.
C’est dans ce contexte que le ROPHCQ a été interpellé par les organismes communautaires de Drummondville et par les familles concernées. Ces dernières se retrouvaient devant un véritable trou de services pour les jeunes de 13 à 21 ans vivant avec un handicap, alors même que leurs besoins ne disparaissent évidemment pas le jour de leur 13e anniversaire.
L’équipe des loisirs et de la vie communautaire de la Ville de Drummondville nous ayant informé que la Ville ne souhaitait pas développer et administrer une offre de services de loisir estival pour cette clientèle, un travail de concertation s’est amorcé avec les différents partenaires afin de trouver une solution.
Un projet collectif actuellement coordonné par Santé Québec MCQ-U et le ROPHCQ
Le projet pilote qui existe aujourd’hui est le résultat de cette mobilisation et d’un important travail de concertation.
Il est actuellement coordonné conjointement par Santé Québec Mauricie-et-du-Centre-du-Québec – Universitaire et le ROPHCQ, avec la participation active de l’Association des Parents d’Enfants Handicapés de Drummond (APEHD), d’Autisme Centre-du-Québec, du Centre communautaire Drummondville-Sud et du Centre Normand-Léveillé. L’APEHD agit actuellement comme fiduciaire du projet, dans l’attente d’une solution réellement pérenne.
Les services, quant à eux, continuent d’être rendus grâce à l’expertise développée dans le milieu, par le Centre communautaire Drummondville-Sud et le Centre Normand-Léveillé.
Cette distinction est importante.
La Ville de Drummondville contribue financièrement et collabore au projet. Cette contribution est nécessaire et appréciée. Mais, contrairement à ce que pourrait laisser croire l’article, elle est bien loin d’être suffisante pour répondre à l’enjeu.
Les familles, les organismes communautaires et les partenaires publics qui travaillent sur ce dossier depuis plusieurs années méritent que la situation soit présentée fidèlement.
120 000 $… sur trois ans
Il importe également de mettre le montant annoncé en perspective.
La Ville n’injecte pas 120 000 $ immédiatement dans le projet. Elle s’est plutôt engagée, l’an dernier, à verser 40 000 $ par année pendant trois ans, pour un engagement total de 120 000 $.
Cette contribution constitue certainement une avancée par rapport au retrait complet initialement annoncé. Mais, même avec les 40 000 $ par année également consentis par Santé Québec MCQ-U, elle ne permet pas de régler le problème.
Un projet dont le financement demeure précaire
C’est probablement le fait le plus important à retenir : le coût annuel réel du projet dépasse largement les sommes actuellement consenties par les partenaires publics. Celles-ci ne couvrent même pas les services directs. Et les coûts liés aux démarches sont actuellement entièrement assumés par les organismes partenaires, à même leurs budgets de fonctionnement déjà très limités.
En 2026, grâce au travail exceptionnel des organismes et des partenaires impliqués, nous avons réussi à offrir une réponse à une partie de la clientèle identifiée. Les chiffres rapportés par Vingt55 font état de 54 adolescents. En réalité, ce sont seulement 38 jeunes qui ont reçu le service. Les autres sont restés sur une liste d’attente.
Si nous devons nous réjouir que certains jeunes aient pu avoir accès à un service cet été, il faut aussi regarder la situation telle qu’elle est.
Les contributions actuellement prévues par la Ville de Drummondville et Santé Québec MCQ-U ne couvrent pas la totalité des coûts nécessaires pour offrir ce service. Des familles de Drummondville sont actuellement toujours laissées à elles-mêmes.
Le projet demeure donc dans une situation financière précaire. Sans financement additionnel ou sans augmentation des contributions des partenaires, les organismes devront continuer de refuser certains jeunes.
Le comité coordonnateur continue évidemment à chercher des sommes supplémentaires pour maintenir l’offre actuelle. Mais les communications publiques qui laissent entendre que le problème est réglé nuisent à notre travail. Cette année, plusieurs bailleurs de fonds se sont retirés, croyant à tort que le problème était réglé parce que la Ville finançait le service.
L’âge ne doit jamais devenir un motif d’exclusion
Pour le ROPHCQ, ce dossier dépasse largement une question de camps de jour.
Il illustre un problème que rencontrent trop souvent les personnes handicapées : les services sont organisés en fonction des structures administratives plutôt qu’en fonction des besoins réels des personnes.
La Ville de Drummondville a décidé de n’offrir le programme municipal de camp de jour qu’aux enfants de 5 à 12 ans. Dès 13 ans, les jeunes ne sont plus admissibles à cette offre.
Pourtant, leur droit à un service de loisir estival ne disparaît pas à 13 ans. Pas plus que leur besoin d’encadrement, de socialisation, de stimulation, de participation sociale et de soutien.
Lorsqu’un service cesse uniquement parce qu’une personne handicapée atteint un âge déterminé, sans qu’une alternative suffisante soit prévue par nos réseaux publics, ce sont les familles qui doivent absorber les conséquences : épuisement, perte de revenus, isolement et rupture de services pour leur jeune.
Une responsabilité qui doit être partagée
Il serait également trop simple de faire porter cette responsabilité uniquement à la Ville de Drummondville.
La Ville elle-même reconnaissait déjà en octobre 2025 que les municipalités ne disposent pas, à elles seules, des moyens nécessaires pour répondre aux besoins croissants des jeunes ayant des besoins particuliers dans les camps de jour et demandait une implication accrue des ministères de la Famille, de la Santé et des Services sociaux, de l’Éducation et des Affaires municipales.
Sur ce point, nous sommes d’accord.
La solution doit reposer sur une véritable responsabilité partagée entre les réseaux de la santé et des services sociaux, le réseau scolaire, le milieu municipal et le milieu communautaire.
Mais cette responsabilité partagée commence par une lecture juste de la situation.
Le projet actuel n’est pas né d’une initiative municipale isolée. Il est né parce qu’un trou de service menaçait des adolescents vivant avec un handicap et leurs familles, parce que celles-ci se sont mobilisées et parce que les organismes et partenaires du milieu ont refusé de les laisser sans solution.
Une contribution bienvenue, mais le travail est loin d’être terminé
Le ROPHCQ accueille évidemment favorablement l’engagement de la Ville de Drummondville de consacrer 40 000 $ par année pendant trois ans au projet.
Chaque contribution est importante. Mais nous croyons qu’il faut éviter que cette annonce laisse croire que la question des services de loisirs estivaux destinés aux jeunes handicapés de 13 à 21 ans est maintenant réglée.
Elle ne l’est pas.
Notre responsabilité collective est maintenant de transformer ce projet pilote en une offre de services stable, suffisamment financée et pérenne, qui ne forcera plus les familles à vivre chaque année avec la crainte de perdre un service essentiel.
L’accès aux loisirs, à la participation sociale et aux mesures de soutien ne doit pas dépendre d’une mobilisation d’urgence chaque printemps.
Pour le ROPHCQ, la suite doit donc être claire : consolider le financement et construire une véritable continuité de services pour les jeunes handicapés de 13 à 21 ans.
Parce qu’atteindre 13 ans ne devrait jamais signifier tomber dans un trou de services.
