Élections 2026 : finances et fiscalité — quels effets possibles pour les personnes en situation de handicap?
À l’occasion de l’élection québécoise du 5 octobre 2026, les cinq principaux partis présentent des approches sensiblement différentes en matière de finances publiques et de fiscalité. Baisses d’impôt, réductions de taxes, crédits fiscaux, nouvelles sources de revenus, révision des dépenses de l’État et retour à l’équilibre budgétaire font partie des propositions mises de l’avant.
Pour les personnes en situation de handicap, ces choix peuvent avoir des effets particuliers.
La question ne se limite pas au montant d’impôt payé. Plusieurs personnes en situation de handicap ont des dépenses supplémentaires liées à leur situation — transport, logement adapté, aides techniques, services, médicaments ou accompagnement — et certaines disposent de revenus suffisamment faibles pour bénéficier peu, voire pas du tout, d’une réduction de l’impôt à payer.
À l’inverse, elles peuvent être particulièrement touchées par les décisions concernant les crédits d’impôt remboursables, les prestations, la tarification des services publics et le financement des programmes gouvernementaux.
Le ROPHCQ propose donc une lecture des engagements des cinq principaux partis non pas pour déterminer quelle approche est préférable, mais pour examiner comment les différentes orientations fiscales pourraient affecter les personnes en situation de handicap.
Coalition Avenir Québec : mesures ciblées sur le coût de la vie et maintien de la trajectoire budgétaire
L’Équipe Christine Fréchette — Coalition Avenir Québec prévoit 9,2 milliards de dollars d’engagements électoraux pour la période 2026-2030 et maintient son objectif de retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030. Elle prévoit également 180 milliards de dollars d’investissements au Plan québécois des infrastructures.
En matière de coût de la vie, le gouvernement Fréchette a notamment mis en place en 2026 un versement pouvant atteindre 200 $ aux personnes bénéficiant du crédit d’impôt pour solidarité, retiré la TVQ sur certains produits alimentaires et d’hygiène de base et diminué de 50 $ le coût du renouvellement de l’immatriculation des véhicules de promenade.
La CAQ propose également certaines mesures fiscales plus ciblées, notamment un crédit d’impôt pouvant atteindre 7 500 $ pour l’aménagement d’une maison intergénérationnelle permettant d’accueillir un proche aîné.
Quels effets potentiels pour les personnes en situation de handicap?
Le recours au crédit d’impôt pour solidarité comme véhicule pour verser une aide ponctuelle peut rejoindre certaines personnes en situation de handicap à faible ou modeste revenu. Contrairement à une simple baisse des taux d’imposition, un crédit remboursable peut en effet bénéficier à une personne même lorsque son impôt à payer est faible.
Les exemptions de TVQ sur des produits essentiels peuvent également produire un effet, modeste mais relativement large, sur le coût de la vie.
Pour les personnes en situation de handicap, l’enjeu demeure toutefois celui de la reconnaissance des coûts supplémentaires directement associés au handicap. Les principales mesures fiscales générales de la CAQ recensées pendant la campagne ne ciblent pas ces dépenses.
Il faut néanmoins souligner qu’un crédit d’impôt remboursable pour l’accès à la propriété instauré en 2026 prévoit notamment une admissibilité lorsqu’une personne acquiert, en raison d’une incapacité sévère, une habitation plus accessible pour elle-même ou pour une personne handicapée qui lui est liée.
Parti libéral du Québec : retour à l’équilibre et investissements dans les services
Le Parti libéral du Québec propose lui aussi un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.
Son cadre financier prévoit près de 12 milliards de dollars de nouveaux engagements, notamment en logement, en éducation, en santé, auprès des familles et des entreprises. Le parti entend financer ces mesures en partie par une réforme de l’efficacité de l’État, le recentrage de certains crédits d’impôt aux entreprises, des revenus provenant de l’encadrement du jeu en ligne et une augmentation anticipée des transferts fédéraux.
Le PLQ propose également de créer une équipe « Efficacité Québec » chargée notamment d’une révision des programmes gouvernementaux et de la fiscalité des entreprises.
Contrairement à certains autres partis, la stratégie fiscale libérale présentée durant la campagne repose moins sur une importante réduction générale de l’impôt sur le revenu des particuliers que sur différentes mesures sectorielles et des investissements dans les services.
Par exemple, le parti propose 700 millions de dollars supplémentaires pour le soutien à domicile ainsi que 80 millions sur quatre ans pour l’adaptation domiciliaire. Ces mesures ne constituent pas des réductions d’impôt, mais elles sont directement pertinentes pour évaluer l’effet du cadre financier sur les personnes en situation de handicap.
Quels effets potentiels pour les personnes en situation de handicap?
Cette approche illustre une distinction importante : le revenu disponible d’une personne ne dépend pas uniquement de son taux d’imposition.
Lorsque l’État finance un service dont une personne aurait autrement dû assumer le coût elle-même, cette dépense publique peut également avoir un effet important sur sa situation financière.
Cela peut être particulièrement pertinent pour les personnes qui ont besoin de soutien à domicile, d’adaptations domiciliaires ou de services spécialisés.
À l’inverse, l’importance accordée à la révision des programmes gouvernementaux devra être observée attentivement. Pour les personnes qui dépendent davantage que la moyenne de certains programmes publics, l’effet d’une telle révision dépendra des programmes concernés et de la nature exacte des changements retenus.
Parti Québécois : réductions de taxes, soutien au pouvoir d’achat et diminution du coût du transport collectif
Le Parti Québécois propose un retour à l’équilibre budgétaire dès 2028-2029. Son cadre financier prévoit notamment de réduire certaines dépenses de l’État, tout en maintenant les versements au Fonds des générations et une provision pour éventualités.
Sur le plan fiscal, le PQ propose plusieurs mesures destinées à réduire le coût de la vie et à augmenter le revenu disponible des ménages.
Il souhaite notamment abolir la TVQ sur les biens usagés, incluant les véhicules, les vêtements et différents biens de consommation.
Le parti propose également de réduire la taxation sur l’essence et de mettre en place différentes mesures de soutien au pouvoir d’achat.
À ces propositions s’ajoute une mesure qui, sans être une mesure fiscale à proprement parler, pourrait avoir un effet direct sur les dépenses de plusieurs ménages : la création d’une Passe mobilité provinciale à 95 $ par mois.
Cette passe permettrait d’utiliser les services de toutes les sociétés de transport collectif du Québec et offrirait également des rabais sur les déplacements interurbains par autocar. Le Parti Québécois prévoit aussi simplifier la tarification des sociétés de transport et investir davantage dans le transport collectif.
Quels effets potentiels pour les personnes en situation de handicap?
L’abolition de la TVQ sur les biens usagés pourrait être particulièrement pertinente pour les ménages à revenu faible ou modeste qui ont davantage recours au marché de seconde main.
Elle pourrait également diminuer le coût d’acquisition d’un véhicule usagé. Pour certaines personnes en situation de handicap, particulièrement dans les régions où les solutions de transport collectif ou adapté sont limitées, l’accès à un véhicule peut avoir une importance considérable.
La réduction des taxes sur l’essence pourrait produire un effet similaire pour les personnes qui doivent parcourir de longues distances afin d’accéder à des soins, à des services spécialisés, à leur emploi ou à différentes activités.
La Passe mobilité à 95 $ mérite également une attention particulière sous l’angle des personnes en situation de handicap.
Pour plusieurs d’entre elles, le transport collectif constitue un service essentiel à l’autonomie et à la participation sociale. Certaines personnes ne peuvent pas conduire un véhicule ou n’ont pas accès à une automobile et dépendent donc davantage du transport collectif ou du transport adapté pour travailler, étudier, recevoir des soins, faire leurs courses ou participer à la vie de leur communauté.
Une tarification provinciale plafonnée à 95 $ pourrait ainsi réduire les dépenses de transport de certaines personnes et simplifier les déplacements nécessitant l’utilisation de plusieurs réseaux. Les rabais annoncés pour le transport interurbain pourraient également être pertinents pour les personnes qui doivent se déplacer vers un autre territoire afin d’obtenir des services qui ne sont pas disponibles à proximité de leur domicile.
Il faut cependant distinguer le coût du transport et sa disponibilité réelle. Une réduction tarifaire ne produit pleinement ses effets que lorsqu’un service accessible, fiable et suffisamment fréquent est disponible.
Cette distinction est particulièrement importante dans plusieurs régions du Québec, où l’offre de transport collectif demeure plus limitée. Elle l’est également pour les personnes qui ne peuvent utiliser le transport collectif régulier et qui dépendent du transport adapté.
La proposition du Parti Québécois soulève donc une question importante qui devra être précisée : la Passe mobilité et la simplification tarifaire annoncées s’appliqueraient-elles également au transport adapté, et selon quelles modalités?
Pour les personnes en situation de handicap, cette précision pourrait avoir une incidence considérable sur la portée réelle de la mesure.
Ainsi, les propositions du Parti Québécois peuvent agir sur plusieurs composantes du budget des ménages — coût des biens usagés, essence et transport collectif — mais leurs effets varieront considérablement selon le revenu, le lieu de résidence, la capacité à utiliser le réseau régulier et les besoins particuliers de mobilité de chaque personne.
Québec solidaire : réforme de l’impôt sur le revenu et taxation des très grandes fortunes
Québec solidaire propose une approche fiscale sensiblement différente.
Le parti souhaite modifier les paliers d’imposition afin de réduire légèrement l’impôt des personnes ayant des revenus faibles et moyens et d’augmenter progressivement celui des revenus plus élevés.
Selon la calculatrice électorale publiée par le parti, la réforme procurerait à terme un avantage fiscal annuel d’environ 70 $ pour les revenus allant jusqu’à 100 000 $, serait approximativement neutre autour de 113 500 $ et augmenterait ensuite progressivement l’impôt à payer.
Québec solidaire propose surtout la création d’un impôt sur les grandes fortunes. Celui-ci serait fixé à 1 % sur la portion de l’actif net d’un ménage dépassant 25 millions de dollars et à 2 % au-delà de 100 millions. Le parti estime qu’une telle mesure permettrait de générer environ 5 milliards de dollars par année.
Ces revenus supplémentaires seraient notamment consacrés au financement des services publics, de l’éducation, de la santé et du logement social.
Quels effets potentiels pour les personnes en situation de handicap?
Pour la très grande majorité des personnes en situation de handicap, la taxe sur les patrimoines de plus de 25 millions de dollars n’aurait aucun effet fiscal direct.
La modification des paliers d’impôt procurerait un gain relativement limité aux personnes à faible revenu. Comme pour toute réduction d’impôt, son effet dépendrait également de l’impôt réellement payé.
L’effet principal de cette orientation sur les personnes en situation de handicap serait donc probablement indirect, par l’utilisation des revenus fiscaux supplémentaires annoncés pour financer les services publics et les programmes sociaux.
La portée réelle de cette approche dépendrait toutefois de la manière dont ces sommes seraient réparties entre les différentes missions de l’État et des programmes effectivement mis en œuvre.
Malheureusement, la calculatrice électorale du parti ne tient pas compte des particularités des personnes en situation de handicap. Elle ne nous a donc pas permis d’évaluer pleinement l’effet de de leurs mesures sur celles-ci.
Parti conservateur du Québec : réduction importante du « fardeau fiscal » et diminution des dépenses de l’État
Le Parti conservateur du Québec présente la réduction du fardeau fiscal comme l’un des principaux éléments de son programme.
Sa principale mesure concernant l’impôt des particuliers consiste à faire passer progressivement le montant personnel de base de 18 952 $ à 35 242 $. Selon le parti, une personne ayant un revenu de 35 242 $ ou moins finirait ainsi par ne plus payer d’impôt québécois sur le revenu. Le PCQ estime que cette mesure représenterait une réduction totale de l’impôt de 30 milliards de dollars sur cinq ans.
Le parti propose également l’abolition du coût carbone et une suspension temporaire de la taxe québécoise sur l’essence.
Pour les entreprises, il souhaite réduire progressivement le taux général d’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5 % à 4,7 %.
Ces baisses seraient notamment financées par un plan de réduction des dépenses que le parti chiffre à 47 milliards de dollars sur cinq ans. Le cadre financier conservateur prévoit un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.
Quels effets potentiels pour les personnes en situation de handicap?
L’augmentation substantielle du montant personnel de base pourrait bénéficier aux personnes en situation de handicap qui travaillent ou disposent d’autres revenus imposables.
Elle pourrait notamment être avantageuse pour certaines personnes à revenu faible ou moyen qui paient actuellement de l’impôt provincial.
Il existe toutefois une limite importante : une réduction d’impôt non remboursable procure peu ou pas d’avantage à une personne dont le revenu est déjà trop faible pour payer de l’impôt.
Cette distinction est particulièrement pertinente pour les personnes en situation de handicap. Le régime fiscal québécois prévoit déjà plusieurs mesures qui fonctionnent de manières différentes : certaines réduisent l’impôt à payer, alors que d’autres sont remboursables. Par exemple, le montant pour déficience grave et prolongée des fonctions mentales ou physiques réduit l’impôt à payer, tandis que certaines autres mesures peuvent prendre la forme de crédits remboursables.
L’autre élément à surveiller serait l’incidence concrète des réductions de dépenses gouvernementales envisagées. Leur effet sur les personnes en situation de handicap dépendrait entièrement des postes budgétaires visés. Des gains fiscaux pourraient être avantageux, mais des réductions touchant des services ou programmes particulièrement utilisés par ces personnes pourraient produire un effet inverse.
Cinq approches fiscales, mais peu de mesures spécifiquement liées au handicap
La comparaison des plateformes fait ressortir des différences importantes.
- La CAQ privilégie des mesures ciblées de soutien au coût de la vie tout en maintenant sa trajectoire de retour à l’équilibre.
- Le PLQ met davantage l’accent sur les investissements dans les services, accompagnés d’une révision de l’efficacité gouvernementale.
- Le PQ propose plusieurs réductions de taxes et mesures de soutien au pouvoir d’achat tout en visant un retour plus rapide à l’équilibre budgétaire.
- Québec solidaire propose d’augmenter la contribution fiscale des patrimoines très élevés et de certains contribuables à revenu supérieur afin de financer davantage les services publics.
- Le PCQ privilégie une réduction beaucoup plus importante de l’impôt des particuliers et des entreprises, combinée à une diminution substantielle des dépenses de l’État.
Au-delà de ces différences, un constat ressort : la fiscalité propre aux personnes en situation de handicap occupe relativement peu de place dans les propositions fiscales générales des cinq partis.
Le Québec dispose pourtant de plusieurs mesures fiscales particulières : montant pour déficience grave et prolongée des fonctions mentales ou physiques, crédits pour frais médicaux, prime au travail adaptée, déduction pour certains produits et services de soutien, mesures pour les personnes proches aidantes et certains remboursements de taxes.
Or, les plateformes me permettent pas de connaitre les intentions des partis relativement à ces mesures.
Une question centrale : baisse d’impôt ou soutien au revenu?
Pour une personne gagnant 70 000 $ par année, une réduction de l’impôt sur le revenu peut représenter un avantage direct.
Pour une personne dont les revenus proviennent principalement de prestations ou qui paie déjà très peu d’impôt, le même changement pourrait avoir un effet beaucoup plus faible.
Dans ce deuxième cas, une augmentation d’un crédit remboursable, une prestation directe, une diminution des tarifs ou le financement d’un service dont la personne aurait autrement dû assumer le coût peut avoir un impact financier beaucoup plus important.
Il ne suffit donc pas de comparer le montant global des réductions d’impôt ou des nouvelles dépenses proposées.
Pour mesurer les effets potentiels des plateformes sur les personnes en situation de handicap, il faut également se demander :
- les mesures sont-elles remboursables ou non remboursables?
- rejoignent-elles les personnes ayant peu ou pas de revenu imposable?
- tiennent-elles compte des coûts supplémentaires associés au handicap?
- préservent-elles les programmes et services dont certaines personnes dépendent?
- permettent-elles aux personnes d’améliorer réellement leur revenu disponible?
Une analyse qui ne constitue pas un appui politique
Cette analyse ne vise pas à recommander un parti plutôt qu’un autre.
Une réduction importante des impôts peut représenter un avantage pour certaines personnes en situation de handicap. Une bonification des services publics ou des transferts peut être plus significative pour d’autres. Une réduction de taxes sur la consommation peut également avoir des effets très différents selon les habitudes de consommation, le revenu et les besoins de chaque personne.
L’objectif est plutôt de rappeler qu’une politique fiscale présentée comme avantageuse pour « le contribuable moyen » ne produit pas nécessairement les mêmes effets pour toute la population.
Pour les personnes en situation de handicap, l’enjeu fondamental demeure donc de déterminer dans quelle mesure les choix fiscaux proposés permettent réellement de compenser les coûts supplémentaires liés au handicap, de préserver l’accès aux services et d’améliorer leur sécurité financière et leur participation sociale.
