Des fiches pertinentes, mais une formation incontournable

L’article du Devoir Comment éviter l’escalade entre policiers et personnes autistes ? présente une initiative du Service de police de la Ville de Montréal visant à mieux adapter les interventions policières auprès des personnes autistes. Au ROPHCQ, nous accueillons favorablement cette démarche. L’idée des fiches est pertinente et prometteuse, mais elle doit être comprise pour ce qu’elle est : un outil complémentaire, et non une réponse suffisante à elle seule.

Les fiches : un outil utile, mais limité

Le fait de permettre aux familles de transmettre volontairement de l’information sur les particularités d’une personne autiste peut réellement contribuer à éviter certaines escalades, notamment lors d’interventions à domicile. Savoir à l’avance ce qui peut déclencher une réaction de panique, de désorganisation ou de défense est un atout indéniable pour les policiers.

Cependant, les interventions auprès des personnes autistes ne se déroulent pas uniquement à domicile. Elles surviennent aussi dans des lieux publics, des commerces, des écoles, les transports collectifs ou lors de déplacements. Dans ces situations, aucune fiche n’est accessible. Le seul outil disponible demeure alors la capacité du policier à reconnaître rapidement ce qui relève de l’autisme.

Reconnaître l’autisme pour éviter l’escalade

Une réaction de fuite, un mutisme, une rigidité, un refus de contact visuel, un geste brusque ou une absence de réponse verbale peuvent être des manifestations directes de craintes, de surcharge sensorielle ou de rigidités cognitives. Pourtant, sans formation adéquate, ces comportements risquent d’être interprétés comme un refus d’obtempérer, une opposition volontaire ou une menace.

Cette confusion est lourde de conséquences. Elle peut mener à une escalade traumatisante et dangereuse, tant pour la personne autiste que pour les policiers et les proches présents. C’est précisément là que la formation devient incontournable.

La formation ne peut pas être optionnelle

Les fiches ne doivent jamais devenir un substitut à une formation obligatoire, continue et approfondie sur l’autisme et, plus largement, sur les handicaps invisibles. Intervenir adéquatement auprès des personnes autistes doit faire partie des compétences de base de toute personne appelée à intervenir sur le terrain.

Former les policiers, c’est leur donner les outils pour :

  • distinguer une crise d’un comportement criminel;
  • adapter leur communication et leur posture;
  • réduire les risques d’escalade;
  • assurer la sécurité de toutes les personnes impliquées.

Prévenir avant la crise : des services sociaux à la hauteur des besoins

Mais éviter l’escalade ne commence pas avec l’arrivée des policiers. La véritable prévention passe d’abord par l’accès à des services sociaux, psychosociaux et de soutien adaptés, accessibles et suffisants. Lorsque les familles disposent de services en amont — accompagnement spécialisé, soutien en situation de crise, services de répit, suivi psychosocial — le recours à la police devient anecdotique.

Trop souvent, les appels au 9-1-1 surviennent parce que toutes les autres portes sont fermées : listes d’attente interminables, services inexistants ou insuffisants, ruptures de services lors des transitions de vie. Dans ce contexte, la police devient malgré elle un substitut à des services sociaux défaillants. Cette situation est injuste pour les personnes autistes, pour leurs proches… et pour les policiers eux-mêmes.

Une initiative positive dont le Centre-du-Québec doit s’inspirer

Malgré ces limites, nous reconnaissons que cette initiative est un pas dans la bonne direction. Elle témoigne d’une volonté de mieux faire et de prévenir des situations qui, trop souvent, laissent des traces durables chez les personnes autistes et leurs familles.

Au ROPHCQ, nous espérons que les corps policiers du Centre-du-Québec sauront s’en inspirer, tout en allant plus loin. Les réalités régionales sont marquées par un accès plus limité aux services spécialisés, ce qui augmente le risque que la police devienne l’ultime recours en situation de crise.

Éviter l’escalade, une responsabilité collective

Éviter l’escalade entre policiers et personnes autistes ne peut reposer sur les seules épaules des familles ni sur des outils ponctuels. Il s’agit d’une responsabilité institutionnelle et collective, qui exige des investissements réels en formation, en prévention et en services sociaux à la hauteur des besoins.

Parce que la sécurité et la dignité des personnes autistes ne devraient jamais dépendre d’une fiche…
mais d’un système capable de les comprendre et de les soutenir avant que la crise n’éclate.


Article original publié dans Le Devoir : Comment éviter l’escalade entre policiers et personnes autistes? | Le Devoir