Élections 2026 : cinq visions de l’éducation, quels effets pour les élèves en situation de handicap?
À l’approche des élections québécoises de 2026, l’éducation occupe une place importante dans les plateformes et les annonces des principales formations politiques. Pénurie de personnel, réussite scolaire, organisation du réseau, financement des écoles, services professionnels, décrochage et choix des parcours scolaires font notamment partie des enjeux abordés.
Pour les élèves en situation de handicap et les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA), ces orientations revêtent une importance particulière. L’accès à une éducation réellement inclusive dépend non seulement des principes inscrits dans les politiques publiques, mais aussi de la disponibilité du personnel spécialisé, de l’organisation des services, de la capacité des milieux à offrir les adaptations nécessaires et de la continuité des services.
Le ROPHCQ propose donc un regard sur les principales orientations des cinq formations politiques et sur leurs effets potentiels pour ces élèves et leurs familles.
Cette analyse ne constitue pas un appui à une formation politique. Elle vise uniquement à examiner les conséquences possibles des mesures annoncées à partir des informations publiques disponibles pendant la campagne électorale.
Coalition avenir Québec : encadrement du réseau et continuité
La Coalition avenir Québec met notamment de l’avant, dans ses annonces récentes en éducation, la protection des élèves, l’encadrement du système scolaire et certaines interventions concernant l’enseignement à la maison.
L’Équipe Christine Fréchette propose notamment de transformer le régime actuel de dispense pour l’enseignement à la maison en régime d’autorisation ministérielle, d’encadrer davantage les centres d’apprentissage, de tutorat et de soutien scolaire et d’accroître les pouvoirs d’intervention de l’État lorsqu’un enfant serait privé de son droit à l’éducation.
La formation politique a également annoncé pendant la campagne des mesures financières destinées spécifiquement aux familles ayant un enfant en situation de handicap, bien que celles-ci ne concernent pas directement l’organisation des services scolaires.
Quels effets possibles?
Du point de vue des élèves en situation de handicap, l’enjeu est notamment de savoir comment les mécanismes d’encadrement de la fréquentation scolaire et de l’enseignement à la maison seront appliqués lorsque la fréquentation scolaire devient difficile en raison des besoins particuliers d’un enfant.
Certains élèves peuvent connaître des parcours scolaires atypiques, des périodes de fréquentation réduite ou avoir recours à l’enseignement à la maison lorsque le milieu scolaire peine à répondre adéquatement à leurs besoins. Un encadrement accru peut contribuer à protéger le droit à l’éducation, mais son application devrait également permettre de distinguer les situations où l’absence ou la fréquentation irrégulière découle d’un manque de services ou d’une difficulté du réseau à offrir un environnement scolaire adapté.
À ce stade de la campagne, les annonces recensées permettent toutefois moins facilement d’identifier les changements précis qui seraient apportés à l’organisation des services aux élèves HDAA. Cette absence de précision limite la possibilité d’évaluer les effets concrets sur l’accès aux professionnels, aux services spécialisés et aux mesures d’adaptation.
Parti libéral du Québec : davantage de ressources spécialisées
Le Parti libéral du Québec propose de tenir des états généraux sur l’éducation et d’ajouter 1 000 ressources spécialisées dans les écoles publiques à compter de l’année scolaire 2027-2028.
Cet engagement comprendrait 400 postes professionnels à temps complet — notamment des orthopédagogues, psychoéducateurs, psychologues et orthophonistes — ainsi que 600 postes de techniciennes et techniciens en éducation spécialisée.
Le parti reconnaît par ailleurs que l’accès actuel aux services destinés aux élèves HDAA varie considérablement selon les écoles et les régions. Il souhaite intégrer aux états généraux une réflexion sur l’inclusion scolaire, l’accès aux services, leur continuité et leur adaptation aux besoins réels des élèves.
Quels effets possibles?
L’ajout de personnel professionnel et spécialisé constitue une mesure directement susceptible d’avoir un effet sur les élèves ayant des besoins particuliers.
Une plus grande disponibilité des orthophonistes, psychologues, psychoéducateurs, orthopédagogues et TES pourrait favoriser une intervention plus rapide et réduire certains délais d’accès aux services.
L’effet réel dépendrait néanmoins de plusieurs facteurs : la capacité à recruter ces professionnels dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, leur répartition entre les régions et les écoles ainsi que les modalités selon lesquelles ces nouvelles ressources seraient affectées aux élèves.
La tenue d’états généraux pourrait également permettre une réflexion plus large sur le modèle d’inclusion scolaire. Comme plusieurs orientations seraient déterminées à la suite de cette démarche, une partie importante des effets demeure toutefois impossible à prévoir avant d’en connaître les conclusions.
Parti Québécois : revoir plus largement le modèle scolaire
Le Parti Québécois propose une réforme plus globale de l’école publique autour de cinq grands chantiers : lutte au décrochage et valorisation de la formation professionnelle, culture québécoise, activité physique, civisme et lutte contre la violence ainsi que mixité scolaire.
Le parti propose également de lancer, dans les 100 premiers jours de son mandat, des états généraux sur l’avenir de l’éducation. Il prévoit notamment rendre une partie du financement des écoles privées conditionnelle à l’accueil d’un plus grand nombre d’élèves ayant des difficultés d’apprentissage.
Questionné spécifiquement sur les élèves HDAA par la Fédération des comités de parents du Québec, le PQ a indiqué que la commission nationale qu’il propose sur l’avenir de l’école publique aurait notamment le mandat de formuler des recommandations concernant les enjeux propres à ces élèves.
Quels effets possibles?
La volonté d’accroître l’accueil des élèves ayant des difficultés d’apprentissage dans les écoles privées pourrait contribuer à une répartition différente des élèves ayant des besoins particuliers entre les réseaux public et privé.
L’effet dépendrait cependant des critères retenus. Les « difficultés d’apprentissage » ne couvrent pas nécessairement l’ensemble des situations de handicap, notamment celles nécessitant des adaptations physiques importantes, un accompagnement soutenu ou des services spécialisés.
Les états généraux pourraient également conduire à des modifications plus importantes du modèle d’organisation des services aux élèves HDAA. Cependant, puisque les solutions précises seraient élaborées ultérieurement, leurs effets sur l’inclusion scolaire, les classes spécialisées, les services professionnels et les mesures d’adaptation ne peuvent pas encore être déterminés.
L’instauration proposée de 60 minutes d’activité physique quotidienne mérite également une attention particulière sous l’angle de l’accessibilité universelle : sa mise en œuvre devrait permettre la participation des élèves ayant une incapacité physique, sensorielle, intellectuelle ou liée à un trouble neurodéveloppemental, avec les adaptations nécessaires.
Québec solidaire : renforcer les équipes-écoles et transformer le financement
Québec solidaire propose notamment l’embauche de 1 500 membres du personnel de soutien et de 500 professionnels supplémentaires, la protection du budget des écoles et la mise en place d’un réseau commun en éducation visant à mettre fin à ce que le parti qualifie de système scolaire « à trois vitesses ».
L’objectif annoncé est notamment de réduire de moitié le décrochage scolaire au cours d’un premier mandat.
Concernant spécifiquement les élèves HDAA, Québec solidaire indique vouloir assurer des équipes-écoles complètes et instaurer un seuil minimal de personnel professionnel et de soutien.
Quels effets possibles?
L’augmentation du personnel professionnel et de soutien pourrait avoir des effets directs pour les élèves nécessitant de l’accompagnement, des interventions spécialisées ou des adaptations.
L’établissement de seuils minimaux pourrait également contribuer à réduire certaines disparités entre les écoles si ces seuils tiennent compte du nombre d’élèves et, surtout, de l’intensité de leurs besoins.
La création d’un réseau commun pourrait par ailleurs modifier la répartition des élèves et des ressources entre les écoles publiques régulières, les programmes particuliers et les établissements privés.
Pour les élèves en situation de handicap, l’effet dépendrait largement des modalités retenues : critères d’admission, financement associé aux besoins particuliers, disponibilité des ressources spécialisées et capacité des différents établissements à accueillir adéquatement les élèves nécessitant davantage de soutien.
Parti conservateur du Québec : autonomie des écoles et choix des parents
Le Parti conservateur du Québec propose une transformation importante de la gouvernance scolaire reposant sur une plus grande autonomie des établissements et une plus grande liberté de choix pour les familles.
Le parti souhaite notamment permettre aux parents de choisir plus facilement une école située à l’extérieur de leur secteur de résidence lorsqu’un autre établissement correspond davantage aux besoins ou aux intérêts de leur enfant.
Il propose également de financer plus directement les écoles, de leur accorder davantage de pouvoirs concernant leurs programmes, leur personnel et le transport scolaire, et de réduire à 17 le nombre de centres de services scolaires.
Quels effets possibles?
Une plus grande liberté dans le choix de l’école pourrait être intéressante pour certaines familles d’enfants en situation de handicap, particulièrement lorsqu’un établissement possède une expertise ou offre un environnement correspondant mieux aux besoins de leur enfant.
Cette approche soulève cependant la question de l’accessibilité réelle de ce choix.
Pour qu’une liberté de choisir existe réellement pour un élève en situation de handicap, il faut notamment que l’établissement choisi soit accessible, puisse offrir les adaptations et les services nécessaires et que le transport adapté ou scolaire permette de s’y rendre.
Une décentralisation accrue des décisions vers les établissements pourrait également favoriser des solutions adaptées aux réalités locales. À l’inverse, elle pourrait entraîner davantage de variations entre les écoles si les normes minimales de services destinés aux élèves ayant des besoins particuliers ne sont pas clairement définies.
L’effet du modèle dépendrait donc fortement des mécanismes de financement, des obligations imposées aux établissements et des garanties entourant l’accès aux services spécialisés.
Des approches différentes, mais une même question fondamentale
Les cinq formations proposent des orientations sensiblement différentes.
Le PLQ et Québec solidaire misent explicitement sur une augmentation importante du nombre de professionnels et de membres du personnel de soutien. Le Parti Québécois propose davantage une réflexion globale sur le modèle scolaire et certaines transformations concernant notamment la mixité. Le Parti conservateur privilégie l’autonomie des établissements et le choix des familles. La Coalition avenir Québec met notamment l’accent sur l’encadrement et la protection du droit à l’éducation dans ses annonces récentes.
Ces différences sont importantes.
Pour les personnes en situation de handicap, cependant, l’évaluation des propositions ne peut pas uniquement reposer sur le nombre de ressources annoncées ou sur la structure administrative privilégiée.
Plusieurs questions demeurent déterminantes : l’élève aura-t-il accès aux services dont il a besoin? Ces services seront-ils disponibles suffisamment rapidement? Les adaptations nécessaires seront-elles offertes dans son milieu? Pourra-t-il réellement participer à la vie scolaire? Et les familles devront-elles encore multiplier les démarches pour obtenir ces services?
Le handicap demeure peu présent comme enjeu transversal
Un constat dépasse d’ailleurs le seul secteur de l’éducation : les personnes en situation de handicap demeurent relativement peu présentes de façon explicite dans la campagne électorale.
Plusieurs organisations nationales représentant les personnes en situation de handicap ont fait ce constat au cours des dernières semaines. La SQDI observe notamment que les enjeux liés au handicap et à la déficience intellectuelle sont généralement peu présents dans les engagements électoraux recensés.
Une coalition réunissant notamment l’AQRIPH, la COPHAN, la Fédération québécoise de l’autisme et la SQDI a également souligné, au début d’octobre, le peu de place accordée aux enjeux des personnes en situation de handicap pendant la campagne.
En éducation, cette réalité est particulièrement importante.
Une politique scolaire peut être bénéfique pour l’ensemble des élèves tout en produisant des effets différents pour ceux qui nécessitent des adaptations, des services spécialisés ou un accompagnement plus important. À l’inverse, une mesure qui ne mentionne pas explicitement le handicap peut néanmoins améliorer leur parcours lorsqu’elle augmente concrètement la disponibilité des ressources ou l’accessibilité des services.
Au-delà des annonces : surveiller la mise en œuvre
Pour le ROPHCQ, l’enjeu n’est donc pas d’identifier quelle formation présente la « meilleure » plateforme en éducation.
Il s’agit plutôt de rappeler que le droit à l’éducation doit pouvoir s’exercer pleinement pour tous les élèves, peu importe leur handicap, leur diagnostic, leur niveau de soutien ou leur lieu de résidence.
À la lumière des engagements actuellement annoncés, plusieurs propositions pourraient avoir des effets positifs pour les élèves en situation de handicap. D’autres soulèvent des questions qui dépendront essentiellement de leurs modalités d’application.
Quelle que soit l’issue du scrutin, il sera donc nécessaire de suivre non seulement les investissements annoncés, mais aussi leur traduction concrète dans les écoles : disponibilité des professionnels et du personnel de soutien, accès aux adaptations, organisation des classes spécialisées et régulières, transport scolaire, accessibilité physique et communicationnelle, continuité des services et participation des élèves et de leurs parents aux décisions qui les concernent.
Car, au-delà des modèles proposés, c’est dans les écoles et dans le quotidien des élèves que se mesurera ultimement l’effet réel des politiques éducatives sur le droit à une éducation inclusive.
