Handicap, coût de la vie et inégalités : un écart qui se creuse

À chaque fin d’année, on entend parler de nouvelles hausses à prévoir pour l’année à venir. En décembre dernier, Annabelle Caillou dans Le Devoir rapportait qu’une famille moyenne de quatre personnes devrait dépenser près de 1 000 $ de plus en 2026 uniquement pour se nourrir. En effet, selon la 16e édition du Rapport canadien sur les prix alimentaires, le prix des aliments devrait augmenter de 4 % à 6 % au Canada en 2026 avec une hausse qui pourrait être encore plus marquée au Québec. 

Des prestations insuffisantes pour faire face à l’augmentation du coût de la vie 

Le début d’année est aussi marqué par l’annonce des nouveaux montants des prestations d’assistance sociale. Depuis le 1er janvier 2026, celles-ci ont été indexées de 2,05 %. Ainsi, la prestation du programme de Revenu de base, dont plusieurs personnes handicapées sont prestataires, est passée de 1 673 $ à 1 707 $ par mois pour une personne seule, soit un revenu annuel de 20 484 $. Cela représente une augmentation de seulement 34 $ par mois. 

Or, selon l’Institut de recherches et d’informations socioéconomiques (IRIS), le revenu viable permettant à une personne seule vivant à Trois-Rivières de sortir de la pauvreté s’élevait à 31 696 $ en 2025. Malgré les autres transferts gouvernementaux dont les personnes handicapées peuvent bénéficier, l’écart entre les prestations offertes et le revenu réellement nécessaire pour vivre dignement demeure immense. 

En décembre dernier, cinq sénateurs canadiens ont d’ailleurs affirmé qu’un soutien fédéral accru était nécessaire pour les personnes handicapées. Comme le soulignait l’article en question, la nouvelle Prestation canadienne pour les personnes handicapées a commencé à verser des paiements. Toutefois, ce programme n’a pas répondu aux attentes, notamment en raison de son déploiement tardif, du montant modeste des sommes versées et de la lourdeur du processus de demande. 

Des inégalités socioéconomiques qui se creusent 

Le 2 janvier dernier, l’économiste Geoffroy Boucher a publié un texte par l’entremise de l’Observatoire québécois des inégalités dans lequel il soulignait qu’à 9 h 47 ce jour-là, les présidents-directeurs généraux (PDG) des plus grandes entreprises québécoises avaient déjà gagné l’équivalent du salaire annuel moyen au Québec. En seulement 8,8 heures, ces PDG ont accumulé 62 795 $, soit ce qu’un travailleur ou une travailleuse gagne en moyenne en une année complète. 

Les personnes handicapées font face à de nombreux obstacles qui augmentent considérablement leur risque de pauvreté, notamment : 

  • La dépendance à des prestations gouvernementales insuffisantes pour couvrir leurs besoins de base ; 
  • Les inégalités persistantes en matière d’accès à l’emploi ; 
  • Les coûts supplémentaires liés à certains besoins spécifiques (aides techniques, soins, transport, etc.) ; 
  • Et bien d’autres facteurs structurels. 

La nécessité de mieux répartir les richesses 

Comme le rappelle Geoffroy Boucher, en 2023, les familles faisant partie des 10 % les plus riches détenaient à elles seules près de la moitié de la richesse totale (45,6 %), alors que les 40 % les plus pauvres n’en détenaient que 4,3 %. Une répartition plus équitable des richesses permettrait de mettre en place un filet social solide, qui ne laisserait personne de côté. 

À titre d’exemple, les 21 PDG d’entreprises québécoises les mieux rémunérés détenaient, en 2023, des actions évaluées à 12,5 milliards de dollars. Une fraction de cette somme suffirait à combler le déficit de couverture des besoins de base au Québec, estimé à 4,8 milliards de dollars la même année. 

On peut donc en conclure que l’argent existe bel et bien. Il ne manque que la volonté politique de mieux le répartir. À cet égard, le document de la Coalition Main rouge, 10 milliards de solutions, propose des pistes fiscales concrètes qui pourraient inspirer nos gouvernements. 

Sources :  

Article : Annabelle Caillou, Le Devoir, 4 décembre 2025 : Vers une nouvelle hausse du prix des aliments en 2026

-Rapport canadien sur les prix alimentaires 2026  

Article : Ève-Lyne Couturier, 30 avril 2025, Le revenu viable en 2025 : le logement encore au coeur de la sortie de la pauvreté

Article : Andrey Cardozo, Magazine SenCA+ : Cinq sénateurs affirment nécessaire un soutien fédéral accru pour les personnes en situation de handicap

Article : Geoffroy Boucher, Observatoire québécois des inégalités : Un tiers des actions des PDG les mieux payés suffirait à couvrir les besoins de base de toute la population québécoise

Document : 10 milliards de solutions pour une société plus juste de la Coalition Main rouge