La Marche qui roule : une mobilisation lumineuse qui rappelle une responsabilité collective… et gouvernementale
La quatrième édition de La Marche qui roule, tenue à Trois-Rivières, a rassemblé une cinquantaine de personnes en situation de handicap, proches, familles, ami·es et allié·es autour d’un message profondément humain : les personnes handicapées sont présentes, actives, engagées et pleinement partie prenante de notre société.
Au ROPHCQ, nous tenons à saluer cette initiative rassembleuse, portée dans un esprit positif, accessible et mobilisateur. Nous voulons également souligner l’implication de personnes du Centre-du-Québec qui ont également pris part à cette activité. Leur présence rappelle que les enjeux liés au handicap ne s’arrêtent pas aux frontières administratives des régions. Partout au Québec, les personnes handicapées, leurs familles et les organismes qui les soutiennent partagent des réalités communes : le besoin d’être reconnues, entendues, accompagnées et pleinement incluses.
Une marche pour rendre visibles les réalités vécues
Ce type d’événement joue un rôle essentiel. Il permet de sortir les réalités du handicap de l’invisibilité. Il crée un espace où les personnes concernées peuvent se rencontrer, échanger, se reconnaître et se soutenir. Pour une personne nouvellement en situation de handicap, voir d’autres personnes avancer, rouler, participer et occuper l’espace public peut effectivement devenir un puissant message d’espoir.
Cette visibilité est importante. Elle contribue à briser les tabous, à transformer les perceptions et à rappeler que le handicap ne définit pas la valeur, la contribution ni la place d’une personne dans la société.
Mais cette visibilité doit aussi nous mener plus loin.
Parce que reconnaître que les personnes handicapées existent ne suffit pas. Il faut aussi reconnaître qu’elles ont des droits. Des droits à l’autonomie, à la participation sociale, à des services accessibles, à du soutien adapté, à des milieux de vie inclusifs, à des ressources suffisantes pour elles et pour leurs familles.
Les communautés sont mobilisées, mais elles ne doivent pas porter seules la responsabilité
L’article de Radio-Canada rappelle aussi que des fonds ont été amassés lors de l’événement afin de soutenir des organismes venant en aide aux personnes handicapées. Nous reconnaissons pleinement l’importance de la solidarité communautaire, de l’engagement citoyen et de l’apport des organismes du milieu. Les communautés ont un rôle réel à jouer dans le développement de services adaptés aux besoins régionaux. Elles connaissent les réalités du terrain. Elles innovent. Elles créent des liens. Elles rejoignent les personnes là où elles sont.
Cependant, il faut être très clair : la responsabilité d’offrir les ressources nécessaires aux personnes handicapées et à leurs familles appartient d’abord et avant tout au gouvernement.
Ce ne sont pas aux familles, aux proches, aux organismes ou aux communautés de porter la pression constante de trouver les fonds pour répondre à des besoins essentiels. Ce ne sont pas les activités de financement qui doivent combler les trous laissés par l’insuffisance des services publics. Ce ne sont pas les organismes communautaires qui doivent, année après année, compenser les limites d’un système qui n’investit pas à la hauteur des besoins.
Les collectes de fonds peuvent soutenir des projets, enrichir des milieux, permettre des initiatives complémentaires. Elles ne doivent jamais devenir la condition de base pour que des personnes handicapées aient accès à du soutien, à du répit, à de l’accompagnement, à des équipements, à des loisirs ou à une pleine participation sociale.
La responsabilité organisationnelle appartient à l’État
Pour le ROPHCQ, il est essentiel de distinguer la contribution des communautés de la responsabilité organisationnelle de l’État.
Les organismes communautaires, les municipalités, les familles et les personnes concernées peuvent contribuer à identifier les besoins, à développer des approches adaptées, à créer des espaces inclusifs et à faire émerger des solutions régionales. Mais la planification, le financement structurant, l’accès équitable aux services et la continuité des ressources relèvent des ministères, des CISSS et des CIUSSS.
Ce sont les gestionnaires publics qui doivent organiser les services. Ce sont les institutions publiques qui doivent assurer que les ressources sont disponibles, accessibles et suffisantes. Ce sont les gouvernements qui doivent financer adéquatement les mesures nécessaires pour que les personnes handicapées puissent vivre dignement et participer pleinement à la société.
La sensibilisation progresse, et c’est une excellente nouvelle. De plus en plus de citoyennes et citoyens comprennent que les besoins sont réels, que les familles sont sous pression et que les services manquent. Mais cette prise de conscience doit maintenant se traduire en décisions publiques fortes, en budgets récurrents et en services concrets.
Passer de la sensibilisation à l’action structurante
La Marche qui roule nous offre une image forte : celle de personnes qui avancent ensemble. Cette image doit aussi inspirer nos décideurs.
Avancer ensemble, ce n’est pas simplement demander aux communautés de faire preuve de créativité pour survivre au manque de ressources. Avancer ensemble, c’est reconnaître que les personnes handicapées ont droit à des services publics solides, planifiés et financés. C’est travailler avec les organismes du terrain, non pas pour leur transférer la responsabilité, mais pour construire des réponses adaptées, cohérentes et durables.
Comme regroupement régional de défense collective des droits, le ROPHCQ continuera de rappeler que l’inclusion ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté, la charité ou la mobilisation ponctuelle. Elle doit s’appuyer sur des engagements publics clairs, des ressources suffisantes et une responsabilité assumée.
Nous saluons donc chaleureusement les personnes, les familles, les proches, les bénévoles et les organisateurs de La Marche qui roule. Leur présence et leur mobilisation sont précieuses. Elles nous rappellent que les personnes handicapées sont là, qu’elles participent, qu’elles ont droit à leur place et qu’elles font partie intégrante de nos collectivités.
Maintenant, il faut que les ressources suivent.
Parce que voir les personnes handicapées, c’est une première étape. Respecter pleinement leurs droits, c’est la responsabilité de toute une société — et d’abord celle de l’État.
Lien vers l’article original de Radio-Canada : La Marche qui roule rassemble et sensibilise à Trois-Rivières | Radio-Canada
