Les besoins en soutien aux aînés explosent — et ceux des personnes handicapées aussi: l’urgence d’une réponse structurante, cohérente et concertée
Une crise annoncée… et largement partagée
Le cri d’alarme lancé par l’AQMVA est le reflet de ce qui est vécu depuis trop longtemps : un système qui ne répond plus à la demande, un manque chronique de ressources, des listes d’attente interminables, et surtout, une atteinte aux droits fondamentaux. Les prévisions démontrent que 111 000 aînés pourraient être laissés sans soutien ni milieu de vie adapté d’ici 2035. Dans notre réseau, les personnes handicapées subissent aussi cette réalité : absence de logement accessible, manque de soutien à domicile, services spécialisés insuffisants, pression colossale sur les proches aidants.
Nous voyons la crise arriver depuis longtemps. Ce ne sont plus des signaux faibles ni des brèches : ce sont des fissures structurelles qui révèlent l’effondrement d’un système que l’on a trop longtemps évité de structurer.
Handicap et vieillissement : deux réalités que le Québec refuse encore d’adresser de front
L’une des erreurs les plus coûteuses du Québec est de traiter les enjeux séparément. La réalité, elle, ne se découpe pas en catégories administratives. Les personnes handicapées vieillissent et leurs besoins évoluent, tout comme ceux des autres aînés. À défaut d’options adaptées, des adultes handicapés se retrouvent en CHSLD. Des personnes âgées se retrouvent dans des ressources intermédiaires qui ne correspondent pas à leur profil. Des équipes sont débordées parce que les milieux ne sont pas adaptés au niveau de soutien nécessaire. En planifiant en silos, on crée des désorganisations prévisibles : hospitalisations inutiles, interventions d’urgence dans des milieux qui ne sont pas censés en recevoir, surcharge des proches aidants, et surtout, perte d’autonomie évitable. Il est impératif que le Québec développe des solution avec une approche structurante et concertée afin de s’assurer de répondre adéquatement aux besoins.
Habitat adapté : un enjeu de société, pas un luxe
La crise du logement adapté n’épargne personne. Alors que 700 RPA ont fermé leurs portes depuis 2018, nous constatons également un manque dramatique de logements accessibles pour les personnes handicapées. Le résultat est le même dans les deux cas : des gens forcés d’habiter dans des milieux qui ne correspondent pas à leurs besoins, des déménagements imposés, des pertes d’autonomie, des proches aidants qui s’écroulent sous la charge. Pourtant, tout le monde sait — et les recherches le confirment — qu’un logement adapté et un soutien à domicile suffisant favorisent l’autonomie, préviennent les hospitalisations, réduisent la pression sur les milieux institutionnels et génèrent même des économies substantielles pour l’État. Investir dans l’habitation accessible n’est donc ni un caprice, ni une dépense superflue. C’est une stratégie structurante, efficace et profondément humaine pour assurer la dignité de nos aînés et de nos concitoyens handicapés.
Concertation : arrimer les réseaux, pas les mettre en compétition
Au ROPHCQ, nous croyons que les solutions passeront par la concertation, pas par la concurrence entre clientèles ni par la fragmentation des responsabilités. Il ne nous faut pas un plan pour les aînés d’un côté et un plan pour les personnes handicapées de l’autre : il nous faut des plans cohérents entre eux. Des plans qui s’appuient sur la diversité des milieux de vie, sur un soutien à domicile accessible et stable, sur un financement réellement arrimé aux besoins, sur une gouvernance territoriale cohérente et sur un partenariat solide avec les organismes communautaires qui, rappelons-le, portent déjà une part essentielle du système. Travailler autrement implique de réunir tous les acteurs – communauté, CIUSSS, municipalités, milieux de vie, familles – pour s’assurer de réellement bâtir un continuum de services qui ne laisse personne derrière.
Nous lançons un appel clair aux décideurs
Les politiques liées au vieillissement et au handicap doivent être arrimées dans une vision durable. Il faut une planification territoriale robuste, un financement adéquat, un soutien solide aux organismes communautaires, un investissement majeur dans l’habitation adaptée et un virage réel vers le soutien à domicile. Il est temps d’agir autrement, car au bout du compte, la question fondamentale demeure : comment souhaitons-nous que les gens vivent, et comment souhaitons-nous qu’ils vieillissent — qu’ils aient ou non un handicap? Ce débat ne porte pas sur des arbitrages administratifs. Il porte sur les droits humains. La sonnette d’alarme résonne plus fort que jamais. Et comme toujours, nous serons mobilisés, fermes et solidaires pour défendre la dignité des personnes handicapées et l’équité du système dont elles dépendent.
