Pourquoi la bonté devrait nous intéresser — et pourquoi elle nous concerne toutes et tous
Réaction du ROPHCQ à la chronique « Pourquoi la bonté ne nous intéresse pas ? » de Stéphane Laporte
Mardi dernier, au monastère des Augustines, l’Office des personnes handicapées du Québec célébrait celles et ceux qui, par leur engagement quotidien, bâtissent un Québec réellement inclusif. Parmi eux, notre directeur général, Patrick Paulin, siégeait au jury, apportant la perspective essentielle du terrain et des organismes qui travaillent jour après jour avec et pour les personnes handicapées.
La remise du Prix À part entière, telle que relatée par Stéphane Laporte, est une occasion de se poser une question simple mais fondamentale : pourquoi parle-t-on si peu de celles et ceux qui changent concrètement la vie des personnes handicapées ? Au ROPHCQ, nous défendons les droits collectifs et la dignité de plus de 7000 personnes du Centre-du-Québec. Nous savons mieux que quiconque que ces gestes de bonté, d’ingéniosité et de solidarité sont des leviers réels de transformation sociale.
Quand l’inclusion se construit réellement — et pas seulement en discours
Ce que la cérémonie du Prix À part entière a permis de montrer, c’est que l’inclusion n’est pas un slogan. Elle existe grâce à des actions concrètes portées par des personnes et des organisations qui refusent de se contenter d’intentions. L’ergothérapeute Stéphanie Gamache, par exemple, collabore étroitement avec les municipalités et les architectes pour créer des environnements réellement accessibles. Son travail, loin des projecteurs, modifie profondément la vie quotidienne de nombreuses personnes en situation de handicap et illustre à quel point l’expertise professionnelle peut être un vecteur puissant d’inclusion.
La même logique s’applique à Logement HAN, qui offre des logements adaptés, abordables et conçus pour soutenir l’autonomie. Leur vision se traduit en immeubles réels, habités, ancrés dans différentes communautés du Québec. À Saint-Eustache, l’organisme La Libellule démontre que les adultes ayant une déficience intellectuelle ou un TSA ont toute leur place sur le marché du travail, non pas symboliquement, mais dans des emplois authentiques et valorisants. À Baie-Comeau, les élèves en adaptation scolaire de l’école Serge-Bouchard nourrissent littéralement leur communauté, en préparant des collations pour les écoles primaires de la région. Et la ferme inclusive CitiPouss, quant à elle, fait pousser bien plus que des cultures : elle fait émerger la confiance, le sentiment de compétence et la participation citoyenne.
Enfin, l’artiste Marie-Sol St-Onge incarne la force de l’expression humaine au-delà des limites corporelles. Amputée des quatre membres, elle poursuit son art avec une détermination et une créativité qui témoignent, une fois encore, que la dignité et la valeur d’une personne dépassent largement son corps.
Pourquoi la bonté ne devient-elle pas une nouvelle ?
Comme le souligne Stéphane Laporte, notre société accorde trop souvent la vedette au sensationnel, au scandale, au tragique. L’attention médiatique se nourrit de ce qui choque ou inquiète, rarement de ce qui construit et apaise. Les gestes de bonté, eux, seraient moins “vendeurs”. Pourtant, ils transforment le Québec de manière profonde et durable. Au ROPHCQ, nous voyons chaque jour des travailleuses, des organismes et des familles accomplir un travail essentiel qui n’attend jamais les caméras pour agir. Ces efforts ne sont pas spectaculaires, mais ils sont les pierres angulaires de la justice sociale.
Il devient urgent de renverser cette logique et de reconnaître que la bonté est en soi une force politique, un moteur qui peut orienter nos priorités et nos engagements. Les initiatives qui favorisent la participation sociale, l’autonomie, l’accessibilité et la dignité ne devraient pas être reléguées au second plan, mais mises en lumière comme des exemples de ce que notre société peut accomplir lorsqu’elle choisit collectivement l’équité.
Mettons de l’avant celles et ceux qui tirent le Québec vers le haut
Comme instance régionale de concertation, nous avons le privilège d’être témoins chaque jour du courage, de l’innovation et de la ténacité des organismes qui composent notre réseau. Ils interviennent dans toutes les sphères de la vie : emploi, éducation, répit, défense des droits, accessibilité, participation sociale. Leur travail ne fait pas la manchette, mais il change la trajectoire de vies entières. Et c’est précisément pour cela que la présence de Patrick Paulin au sein du jury est importante : elle garantit que les perspectives des organismes de base, celles qui portent l’expertise du terrain, participent à reconnaître les contributions exemplaires qui façonnent un Québec plus juste.
Nous devons collectivement choisir de mettre en lumière ces avancées, de valoriser ce qui élève plutôt que ce qui divise. Raconter ces histoires n’est pas un luxe ni un geste naïf ; c’est une stratégie de transformation sociale.
Changer le monde… mais ensemble
Changer nos priorités médiatiques, politiques et sociales n’est pas un projet utopique. C’est un choix collectif. Nous avons la capacité de redéfinir ce qui mérite d’être mis en avant, ce qui constitue un progrès, ce qui incarne véritablement notre humanité. Une société qui valorise la bonté, l’accessibilité et l’équité est une société qui se donne les moyens de grandir.
Au ROPHCQ, nous continuerons de défendre les droits, de revendiquer des changements structurels et de soutenir les initiatives qui renforcent la dignité et la participation des personnes handicapées. Parce que oui, la bonté nous intéresse. Parce que l’inclusion est un impératif, pas une option. Et parce qu’une goutte de bonté, lorsqu’elle s’additionne à d’autres, finit par déplacer les lignes du monde.
