Soutien à domicile : quand la privatisation fragilise les droits, les services et les personne

Le Regroupement d’organismes de personnes handicapées du Centre-du-Québec (ROPHCQ) salue la lettre ouverte publiée dans Le Devoir par Louise Boivin et Anne Plourde. Leur analyse met en lumière ce que nous craignons aussi : la politique de soutien à domicile annoncée par la ministre Sonia Bélanger n’est pas un virage social, mais bien une accélération de la privatisation et du travail à rabais — au détriment des droits des personnes handicapées, des proches aidantes et des travailleuses.

Un recul historique maquillé en modernisation

Le Québec a déjà été un chef de file en matière de soutien à domicile, notamment grâce au rôle central des CLSC et à la reconnaissance des auxiliaires aux services de santé et sociaux. Or, les réformes successives ont démantelé ce modèle public. La nouvelle politique s’inscrit dans cette continuité préoccupante : elle transfère des responsabilités de l’État vers le privé et vers les individus, tout en normalisant la tarification de services essentiels.

Des droits fragilisés

Comme le rappellent les autrices, cette politique repose sur des emplois précaires majoritairement occupés par des femmes, souvent racisées et immigrantes. En parallèle, on propose de « rémunérer » des proches aidantes par l’Allocation autonomie à domicile — un mécanisme qui, dans les faits, efface les obligations d’employeur en déplaçant la charge de travail vers des personnes déjà surchargées, sans protections en matière de normes du travail ou de sécurité sociale. Les compressions actuelles accentuent le risque que ce travail remplace littéralement celui de professionnelles qualifiées du réseau public.

Des impacts directs sur les personnes handicapées

Pour les personnes handicapées, grandes utilisatrices du soutien à domicile, les conséquences sont lourdes :

  • Discontinuité des services et multiplication des prestataires;
  • Inégalités territoriales accrues;
  • Qualité des soins compromise, notamment lorsque des tâches complexes sont confiées à du personnel moins formé et mal intégré (ou pas du tout) aux équipes interdisciplinaires;
  • Pression accrue sur les proches, qui deviennent des solutions par défaut plutôt que des partenaires soutenus.

Le mythe de l’efficacité privée

La ministre invoque des « meilleurs systèmes au monde » pour justifier l’allocation autonomie à domicile. Or, la recherche — notamment celle de l’IRIS — démontre le contraire : ces modèles affaiblissent les droits du travail, dégradent les conditions d’exercice et n’améliorent pas l’accès réel aux services. Le Québec a les moyens financiers d’un véritable virage public; ce qui manque, c’est la volonté politique.

Notre position est claire

Au ROPHCQ, nous réaffirmons que :

  • le soutien à domicile doit être public, universel et gratuit;
  • la déprivatisation est essentielle pour garantir la qualité, la continuité et l’équité des services;
  • les proches aidantes ne doivent jamais devenir une main-d’œuvre substitutive;
  • investir « quelques dizaines de millions » là où les besoins se chiffrent en milliards est insuffisant et irresponsable.

Défendre les droits des personnes handicapées, c’est refuser les politiques qui marchandisent les soins, précarisent les proces aidants et transfèrent le risque sur les plus vulnérables. Le soutien à domicile n’est pas une dépense à contenir : c’est un pilier de la dignité, de l’autonomie et de l’égalité.

Lien vers la lettre ouverte originale dans Le Devoir : La politique de soutien à domicile annonce plus de privatisation et de travail au rabais | Le Devoir